Miyamoto et la geisha

 

Thierry Emmanuel Garnier

prix // 15 €


 

 

 

 


50 pages


ISBN 275510085-0


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« Si tu as étudié la voie

 

de la tactique jusqu’à ce niveau,

 

est-il seulement possible

 

que tu puisses être battu ? »

 

Miyamoto Musashi

 

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Miyamoto Musashi (1584-1645) est considéré au Japon comme le plus grand samouraï de tous les temps. Ses biographes ont chanté ses louanges et ses hauts faits de combattant durant près de quatre cents ans, il fut considéré à son époque comme un Maître en arts martiaux mais aussi comme un fin lettré, (auteur du Traité des Cinq Anneaux), peintre, poète et calligraphe émérite. Dans ce texte initiatique qui nous plonge en immersion dans le Japon ancestral des grands ancêtres samouraïs, l’auteur présente une facette totalement inconnue de la biographie de ce grand guerrier, un éclairage lumineux qui traverse par les valeurs qu’il véhicule l’espace et le temps.

 

 

 

Miyamoto et la geisha - illustration Thierry E. Garnier

 

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Dans la veine des Chroniques de l’Homme-oiseau, publiées en 2013, cet hommage au chevalier, à l’homme d’honneur, au héros et au poète, retrace pas à pas et dans les moindres détails l’ultime combat que livra Miyamoto Musashi devant le Fuji Yama - d’aucuns diront le combat de trop - et ce, juste avant son départ pour l’Île Blanche des siens, afin de retrouver tous ceux de sa race, les immortels au cœur d’or...

 

 

 

 

 

 



(extrait)


 

 

Préambule sur la gloire du Kenjutsu

 

Pourquoi écrire sur lui

 

Ne rien écrire sur elle

 

Seulement fixer le Fuji Yama

 

Que notre lecteur n’en doute pas, la rencontre entre le samouraï-calligraphe Miyamoto Musashi (1584-1645) et Kina eut bien lieu sur les berges du lac Kawaguchi, dans une petite maison typique au toit de chaume et au plancher en bois vernissé, telle qu’en furent construites des centaines de la sorte durant la période Kamakura. Cette respectable demeure appartenait depuis des générations à la famille du noble guerrier, auteur du fameux Go rin no sho ou « Traité des cinq roues » ; un ouvrage rare et puissant sur le maniement du sabre de combat, le « Kenjutsu ».

 

 

Ce livre mythique, en référence aux cinq éléments de la Tradition primordiale, fut écrit à la fin de sa vie par Miyamoto Musashi, le légendaire « ronin », c’est-à-dire un samouraï solitaire - ou « sans maître » - au sens de la « chevalerie errante » telle que l’on pouvait la prôner au Moyen Âge, en Occident chrétien. Ce traité incomparable, si ce n’est pour parler de « L’Art de la guerre » de Sun Zi, fut écrit d’une traite par Miyamoto, en état de quasi hypnose, dans la grotte du Reigando située à l’est de Kumamoto, au Japon.

 

 

Cette rencontre que nous allons vous conter maintenant, inconnue des biographes, entre l’illustre samouraï et celle qui se fait appeler « Kina » dans notre histoire, changea non seulement le récit traditionnel rapporté habituellement sur le samouraï de légende, mais aussi sa destinée tout entière…

 

Première apparition de la corneille

 

Matin du premier jour

 

Aucun oiseau ne chante

 

le noir corbeau tue

 

Alors qu’en ce début d’été, à l’aube, le Mont Fuji commençait doucement à se colorer d’une parure safranée, Miyamoto, de sa fenêtre, observait minutieusement en artiste attentif aux mystères des formes, les versants de la montagne sacrée se refléter incidemment comme un miroir inversé dans les eaux mouvantes, translucides, et bien sûr divinatoires, puisqu’il vit ce jour là, en songe, sortir en silence à la surface du lac Kawaguchi, une femme d’une immense beauté, celle que les pêcheurs nippons appellent : « la dame du lac ». Soudain, la vision se troubla en de multiples scintillements. Non loin du ginkgo accosté à la maison de Miyamoto, au beau milieu du jardin blanc et minéral vint se poser une corneille noire. Le Yin animal et le Yang minéral se désintégrèrent lentement en une myriade de minuscules formes géométriques et colorées comme si la réalité invisible et symbolique que venait à l’instant de percevoir en un état second Miyamoto se diffractait imperceptiblement à l’intérieur d’un gigantesque kaléidoscope qui ne faisait que mieux apparaître la totalité de l’âme du Monde.

 

 

En réalité, le jardin du samouraï-calligraphe était constitué de jeunes pousses de bambous qui en délimitaient principalement le pourtour, de pierres sèches en nombre conséquent et de fins graviers blancs fort bien entretenus par le râteau de Miyamoto. Un râteau « déterminé » pourrait-on dire, un râteau magique qu’il maniait avec force et vigueur aussi bien que son meilleur Katana de combat. Jamais aucune trace de pas sur le sol, comme si le samouraï aguerri pouvait voler en silence au-dessus des minuscules graviers blancs pour en façonner de mains de maître, volutes subtiles et ondes gravillonaires qui lui rappelaient assurément ses calligraphies dans le style sosho, écrites en un seul mouvement de pinceau, en marge de ses peintures d’encre. Au nord du jardin demeurait un gardien du seuil. Une haute pierre moussue aux reflets rouille qui faisait office de sceau rouge, couleur cinabre, dans cette composition mi-naturelle, mi-picturale.

 

 

Alors que chaque jour le jardin zen de Miyamoto faisait l’admiration des visiteurs, ce jour-ci le cri rauque et puissant d’une corneille de passage, comme un appel au meurtre, retentit à l’instant dans toute la maisonnée. Une plume funeste se détacha à la fois du Ciel et de l’oiseau et vint mourir à ses pieds. Miyamoto n’en ignorait pas le symbole.

 

(...)

 

 

Miyamoto et la geisha - Texte et illustrations Thierry E Garnier - Les Chroniques de Mars - numéro 22, novembre 2016.

 


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